* Faut-il tuer Freud ? *
Friday, January 20th, 2006Cent cinquante ans après la naissance du père de la Psychanalyse - moment historique que l’on s’apprête à célébrer en grande pompe - la question n’a rien perdu de sa virulence. Elle fait la lune des hebdos et inspire de nombreux brûlots, dont ce livre noir de la psychanalyse qui a secoué la dernière rentrée littéraire et que relaie ce mois le dossier Freud ( enquête sur l’histoire de la psychanalyse) publié par les bien nommés, et souvent salutaires, Empêcheurs de penser en rond, charlatan, faussaire, plagiaire,misogyne,drogué à la cocaîne,dissimulateur,propagandiste,obsédé sexuel,avide d’argent et de pouvoir". Rien de moins. L’inventaire de ces griefs vient d’être dressé, pour mieux les récuser, par Elisabeth Roudinesco dans un livre brillant et incisif, mené à la manière d’une contre-offensive et intitulé pourquoi tant de haine? L’historienne rappelle que ces attaques contre Freud ne sont pas nouvelles, qu’elles relèvent même d’un genre constitué, les " Freud Wars", apparu depuis les années 1970 aux Etats-unis. Ainsi les " Destructeurs de Freud " ont-ils entrepris de mettre à bas ce qui pour eux tient de la légende. On comprend parfois leur agacement : ils ne pardonnent pas à Freud d’avoir été souvent plus malin que les autres, y compris ses propres patients. Mais leur hostilité cache des raisons plus profondes. Favorisant les nouvelles thérapies cognitives, qui veulent réduire l’homme à une chose, sinon à une marchandise, ils ne supportent pas cette philosophie de la liberté inscrite au coeur de la pensée freudienne.
Freud a toujours dérangé. Volontiers profocateur (autre défaut ?), il proclamait dès 1916 ses théories aussi révolutionnaires que celles de Copernic et Darwin en d’autres domaines. Il se ventait d’avoir ébranlé les certitudes du moi qui se croyait jusque-là maître dans sa propre maison. Aujourd’hui, dans un monde lisse et normé, Freud apparaît d’autant plus subversif. " La psychanalyse, si experte en troubles du désir, exige l’éclipse, l’absence, l’attente, la surprise, états de l’être bannis par les commerces, celui des mots et celui du marché", écrit Catherine Clément dans une récente biographie, juste et aimante, sombrement intitulée pour Sigmund Freud.
Voilà pourquoi nous avons toujours défendu Freud au Magazine Littéraire. La Psychanalyse apparaît comme une forme de résistance essentielle : elle défend un sujet libre.
Par Jean-Louis Hue.




